Le bitcoin pour pimenter son portefeuille ?
- L’engouement des investisseurs institutionnels pour le bitcoin lui a conféré le statut d’actif mondial.
- Dans ce contexte, la demande de bitcoins augmente alors que l’offre diminue.
- Les « bulls » ont le vent en poupe mais la balade risque d’être mouvementée.
![]() | Manuel Villegas Next Generation Research, Révolution numérique, Banque Julius Baer & Cie SA |
Avec l’approbation aux États-Unis des ETF spot en 2024, le bitcoin est devenu un actif macroéconomique mondial. Lorsque ces véhicules d’investissement couverts par des actifs à réplication physique sont apparus, la cryptomonnaie s’est fait une place dans les allocations d’actifs à long terme des investisseurs. La vague rouge aux États-Unis, qui a vu le Parti républicain prendre le contrôle de la Maison Blanche, du Sénat et de la Chambre des représentants, l’a propulsé vers de nouveaux sommets. Si le président Trump tient ses engagements en faveur des actifs numériques, sa victoire deviendra la leur.
Le statut d’actif macroéconomique mondial comporte des avantages, et les gouvernements comme les entreprises envisagent de constituer des stocks stratégiques de bitcoins. Néanmoins, le nouveau statut du bitcoin accentue aussi sa sensibilité à l’environnement macroéconomique et politique mondial. Cette année, nous sommes persuadés que les facteurs top-down feront bouger les choses et dicteront l’évolution des cours des actifs numériques.
Les cryptomonnaies sont des actifs risqués. Le cours du bitcoin est influencé par de nombreux facteurs instables mais nous estimons qu’en 2025, les investisseurs doivent avant tout surveiller trois éléments: l’environnement macroéconomique et politique, la dynamique de la demande et les subtilités de son calendrier de mise en circulation.
Par ailleurs, l’évolution du rôle du bitcoin dans les allocations d’actifs des investisseurs conforte sa réputation de réservoir de valeur en dépit de ses fluctuations marquées. Des tests rétrospectifs montrent que l’ajout de bitcoins dans un portefeuille traditionnel composé de 60% d’actions et de 40% d’obligations peut améliorer son rendement corrigé du risque. Cette réputation croissante stimule la demande des investisseurs, en particulier par le biais de produits tels que les ETF américains. Les investisseurs cherchent à améliorer la performance et à réduire les risques en se diversifiant dans le bitcoin. Ils sont nombreux à le faire par le biais des ETF et en confiant la garde du portefeuille à un tiers.
La demande augmente
L’engouement pour les ETF américains sur le bitcoin devrait perdurer, ces instruments étant une source importante de demande sur le marché au comptant. Les produits sur le bitcoin évoluent car les investisseurs recherchent des profils d’exposition différents, en particulier un effet de levier plus important. Les ETF américains ont atteint un encours gigantesque de 115 milliards d’USD. Au moment de la rédaction de cet article, les flux nets entrants s’élevaient en moyenne à quelque 125 millions d’USD au cours des 30 derniers jours.
De plus, l’encours des positions en options sur le bitcoin côtoie des sommets historiques, tout comme les volumes de transactions sur les marchés à terme où les contrats perpétuels attirent l’attention. En ce qui concerne les options, la demande porte sur les options d’achat malgré une volatilité implicite et des primes élevées. Cela dit, les positions longues à effet de levier sur les contrats à terme perpétuels ne sont pas devenues beaucoup plus onéreuses, malgré des indicateurs de sentiment qui traduisent une certaine euphorie.
Les produits ETF, les intentions des trésoriers d’entreprises et l’accumulation générale par des détenteurs à long terme sont autant d’éléments qui laissent entrevoir une nouvelle pénurie de bitcoins. À titre de référence, si les entreprises concrétisent leur projet d’acheter 40 milliards d’USD de bitcoins dans les années à venir, elles achèteront (sur la base des cours actuels) la totalité des bitcoins émis en 2025 et en 2026.
Comme l’an dernier, les fondamentaux devraient soutenir les cours en 2025 compte tenu de la diminution de l’offre. La blockchain génère environ 200 000 jetons par an mais les ETF à eux seuls en ont absorbé environ 10 000 par semaine en 2024. Environ 70% des bitcoins en circulation n’ont pas changé de mains depuis au moins six mois et près de 50% dorment sur les mêmes comptes depuis plus de trois ans.
Flux et encours des ETF américains sur le bitcoin au comptant

Source: Bloomberg Finance LP, Julius Baer ; ASG = actifs sous gestion
Le bitcoin évolue généralement en tandem avec les actifs risqués lorsqu’ils sont orientés à la hausse, comme le montrent ses coefficients de corrélation avec les autres classes d’actifs. Cependant, il peut également servir de «valeur refuge» parmi les cryptomonnaies en cas de turbulences sur les marchés d’actifs risqués, ce qui peut renforcer sa position sur le marché en cas de regain d’aversion au risque. Depuis la fin de l’année 2023, l’amélioration de la liquidité aux États-Unis, favorisée par l’extinction progressive des programmes de mise en pension de titres de la Réserve fédérale, a été le principal facteur macroéconomique porteur. Cet afflux de liquidités a dopé les actions et le bitcoin, alors même que la Fed maintient des taux d’intérêt relativement élevés. En termes nets, cela a largement neutralisé les effets du resserrement quantitatif opéré par la Fed.
Perspectives
Dans l’ensemble, les fondamentaux du bitcoin semblent solides. La diminution de l’offre, conjuguée à une solide demande des investisseurs institutionnels, constitue un environnement favorable pour les investisseurs. Même si tout actif peut enregistrer une flambée ou une correction temporaire, les contraintes structurelles à l’offre de bitcoins et les facteurs qui alimentent constamment la demande laissent entrevoir une belle dynamique, qui pourrait pimenter le marché. En outre, la volonté de Donald Trump de clarifier la réglementation devrait améliorer l’accessibilité du bitcoin jusqu’à la mi-2025. Enfin, soyons honnêtes : qui n’apprécie pas une sauce un peu relevée ?
Biographie
Manuel Villegas travaille au sein de l’équipe Next Generation Research de Julius Baer, où il se concentre sur des thèmes d’investissement d’avant-garde. Dans le cadre de cette fonction, il suit les actifs numériques et les investissements thématiques en actions liés aux tendances de la révolution numérique, en explorant les technologies émergentes et les innovations qui transforment le secteur de la finance. Il a commencé à s’intéresser aux actifs numériques dès la fin de l’année 2015. Il a également travaillé dans la finance traditionnelle dans plusieurs régions du monde, notamment en Suisse, en Amérique du Nord et en Amérique du Sud. Il est titulaire d’un master en gestion et en économie de l’université de Zurich et d’un diplôme de troisième cycle en ingénierie financière de l’Universidad Metropolitana.
