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Les rachats dans le 3ème pilier : une nouvelle opportunité pour améliorer la prévoyance privée 

Dans un contexte de vieillissement démographique et de réformes de la prévoyance, le conseil fédéral a introduit une nouvelle possibilité pour les citoyens suisses: le rachat dans le cadre du 3ème pilier afin de combler les potentielles lacunes de prévoyance. Cette mesure offre un nouveau levier pour les gestionnaires de fortune destiné à leurs clients pour renforcer la sécurité financière à la retraite.

 

Alban Chaudet
Spécialiste en prévoyance, Edmond de Rothschild (Suisse) S.A.

 

Le rachat dans le 3ème pilier permet aux assurés de corriger les manques de couverture liés à des périodes de salaire moins élevées qui ont pu impacter leur prévoyance. La possibilité de racheter des cotisations supplémentaires permet ainsi de combler ces lacunes et d’augmenter les avoirs de retraite, tout en bénéficiant des avantages fiscaux associés. En effet, chaque rachat vient en déduction du revenu imposable, permettant ainsi une réduction significative de l’impôt sur le revenu. Par ailleurs, l’argent déposé dans le 3ème pilier n’est pas soumis à l’impôt sur la fortune. C’est donc un moyen percutant et efficace qui permet de favoriser l’épargne de prévoyance directement par un allègement de la charge fiscale.

Il est important de souligner que, bien que ces rachats offrent plusieurs avantages, ils ne sont pas totalement exempts de contraintes. En effet, certains critères doivent être respectés. Par exemple, les rachats ne sont possibles que dans le cadre de l’assurance de prévoyance liée dite « 3ème pilier A » et ne peuvent excéder un certain montant en fonction des plafonds annuels définis par la loi. De plus, les premières lacunes possibles à combler seront calculées dès cette nouvelle année 2025 et donc rachetables dès l’année suivante. Pour finir, le délai pour racheter une année sera limité à dix ans et l’assuré devra pouvoir prouver qu’il était bien soumis à l’AVS cette année-là. 

 

Peu de personnes concernées

Bien que cette réforme offre de nouvelles possibilités, il est essentiel de souligner que, dans la pratique, ce nouveau levier concernera un nombre limité de personnes. En effet, pour bénéficier de rachats supplémentaires dans le 3ème pilier, les assurés doivent déjà avoir maximisé le plafond annuel de cotisation (en 2025, 20% du revenu déterminant, maximum 7’258 francs pour une personne salariée et 36'288 francs pour une personne indépendante qui n’est pas affiliée au 2ème pilier). Cela signifie que les personnes ayant eu des revenus partiels, ou celles ayant interrompu leur carrière pour raison de parentalité ou ayant de faibles revenus, qui sont justement celles qui pourraient le plus bénéficier de cette réforme, en seront très souvent exclues. En effet, ces groupes ne pourront pas optimiser leurs cotisations dans le 3ème pilier en raison de périodes de travail réduites ou de revenus insuffisants. De ce fait, bien que cette réforme ait pour objectif de répondre aux besoins des assurés ayant rencontré des difficultés dans l’accumulation de leur capital épargne destiné à leur future retraite, elle risque de ne pas profiter à ceux qui en auraient le plus besoin.

 

Implications pour les gestionnaires de fortune

Les gestionnaires de fortune devront donc être attentifs à ces conditions afin de garantir que le rachat soit effectué dans les règles et ainsi avoir la certitude d’offrir une recommandation avisée à leurs clients. L’intégration de cette nouvelle approche nécessitera une analyse fine de la situation fiscale et une anticipation de l’impact de ces rachats sur la performance future du portefeuille. Il est également crucial de considérer l’impact des nouveaux rachats dans le 3ème pilier par rapport aux autres éléments du système de prévoyance, notamment le premier et le deuxième pilier. En effet, si les assurés choisissent d’effectuer des rachats supplémentaires dans leur 3ème pilier, cela pourrait influencer la manière dont ils abordent les rachats dans le 2ème pilier. Toutefois, il est possible que certains assurés choisissent de concentrer leurs efforts de rachat dans le 3ème pilier pour une question de diversification et de liberté dans le choix de la stratégie d’investissements, réduisant ainsi les montants alloués au 2ème pilier. Pour finir, il est important de rappeler que la performance distribuée aux affiliés dans le 2ème pilier dépend notamment du ratio entre le nombre de personnes actives et le nombre de rentiers et par conséquent des réserves que la caisse de pension devra constituer pour pouvoir maintenir ses engagements, un élément sur lequel l’affilié n’a aucune influence.

Il sera donc intéressant de voir comment cette mesure sera adoptée par les Suisses l’année prochaine et quelles seront ses répercussions sur la planification de la retraite. Dans ce contexte, il devient d'autant plus important de travailler avec des spécialistes et un partenaire bancaire qui offrent ces options et qui sauront guider vos clients à travers les subtilités de cette réforme, afin de maximiser les bénéfices fiscaux et d'optimiser leur stratégie de prévoyance à long terme.

 

 

Biographie

Alban Chaudet est spécialiste en prévoyance chez Edmond de Rothschild (Suisse) S.A.
Il est conseiller financier diplômé IAF et titulaire du Brevet fédéral de Spécialiste de la prévoyance en faveur du personnel.